Victor Hugo place des Vosges, l'écrivain décorateur
Dès l’entrée du musée, une coïncidence nous fait sourire : la mère de Victor s’appelait Sophie — Sophie Trébuchet, nantaise de caractère, femme libre et passionnée qui lui transmit le goût de la lecture et de la connaissance. Sophie, comme moi. Et moi aussi j’ai un Victor, vingt ans, qui vit sa vie de jeune homme à Paris et qui a tout ce qu’il faut pour devenir à son tour un grand homme. Ces petits clins d’œil de l’histoire, ça met d’emblée dans un état d’esprit très particulier pour la suite de la visite.
Quand on se tient au centre de la place des Vosges — ses trente-six pavillons de briques rouges qui se font face sous les arcades depuis 1612 — on n’a qu’une envie : s’imaginer ce que pouvait être la vie là-haut, au deuxième étage, quand Victor Hugo y habitait avec sa famille. Il s’y installa en 1832, et y resta seize ans. Le temps d’y écrire Ruy Blas, une grande partie des Misérables, et d’y recevoir Balzac, Dumas, Mérimée. Il n’était pas encore l’écrivain national. Il était en train de le devenir.
La visite est gratuite, vous auriez tort de vous en priver.
Les collections permanentes sont gratuites pour tous, par contre pensez à vous renseigner sur une éventuelle expo temporaire payante au moment de votre visite. On a profité de l’application smartphone « Chez Victor Hugo », disponible gratuitement sur App Store et Google Play. Elle propose d’ailleurs de prolonger l’expérience en dehors de la Maison et offre notamment un parcours géolocalisé dans Paris sur les funérailles de Hugo — de l’Arc de Triomphe au Panthéon où il repose depuis le 1er juin 1885. Pratique et bien faite.
Chez Aricomagic, on avoue avoir une idée derrière la tête en poussant cette porte : voir si notre Samoussin Hugo — son jacquard tweedy brun aux nuances sobres et profondes — se fondrait dans ce décor chargé d’histoire. On l’a donc emmené avec nous. Et on s’est installés pour lire dans le salon rouge, ses murs tendus de damas cramoisi, son buste de Hugo par David d’Angers qui vous regarde lire depuis son piédestal. La couleur brun profonde du jacquard dans le rouge du salon — bon nous on valide !
Victor Hugo décorateur : une passion assumée
Hugo travaillait debout, il aurait été encore mieux avec un coudoussin pour soutenir ses avants-bras!
Ce qu’on ne s’attend pas à découvrir, c’est à quel point Hugo était passionné de décoration intérieure. Pas comme un hobby du dimanche — comme une obsession. Les murs ne se tapissaient pas de papier peint chez lui : il tendait des étoffes du sol au plafond, bordées de galons tissés qui formaient des frises, encadrées de boiseries de chêne. Des tissus riches, soigneusement choisis, qui transformaient chaque pièce en univers total. Ce plaisir-là, il ne le partageait pas avec sa femme Adèle, mais avec Juliette Drouet, sa grande maîtresse et complice artistique de toute une vie. Elle qui lui glissait avec humour cette réplique qu’on ne peut s’empêcher de faire nôtre : « J’ai le sentiment du bric-à-brac, vous en avez le vice. »
Le salon chinois : du faux fait avec du vrai
La pièce la plus spectaculaire du musée, c’est le salon chinois. Ses grands panneaux de bois dessinés et gravés sous la direction de Hugo à Guernesey pour aménager la maison de Juliette ont été démontés après la mort de celle-ci en 1883, et réinstallés ici lors de la création du musée en 1903 — pas forcément dans leur disposition d’origine, parfois même coupés pour s’adapter à l’espace. Le musée lui-même le reconnaît avec une certaine élégance : c’est “du faux fait avec du vrai”. Reste que l’ensemble est saisissant — on comprend mieux ce que Hugo avait en tête quand il repensait un intérieur de fond en comble.
Il avait pensé au bureau debout, il lui manquait juste un Coudoussin
Dans le cabinet de travail, il y a un grand secrétaire sculpté, massif, haut — Hugo travaillait debout. Pour des raisons d’hygiène, disait-il : maintenir la circulation, éviter que le corps ne s’avachisse. On a regardé ce meuble avec une certaine émotion, et une pensée : il aurait été encore mieux avec notre coudoussin Hugo pour soutenir ses avant-bras pendant qu’il écrivait. De votre côté, si vous passez beaucoup de temps à votre bureau, on vous invite à découvrir notre guide de posture idéale.
Le coffret aux quatre encriers : l'histoire qui nous a touchées
Parmi toutes les choses vues ce jour-là, c’est peut-être l’histoire du coffret aux quatre encriers qui nous a le plus touchés. En 1862, Adèle Hugo — la femme de Victor — organise une vente de charité à Guernesey au profit des enfants pauvres de l’île. Elle a l’idée de demander à quatre grands écrivains de lui confier leur encrier personnel : Lamartine, Alexandre Dumas, George Sand et Victor Hugo.
George Sand glisse dans le coffret une lettre confessant avec malice qu’elle n’a trouvé, après deux jours de recherche, qu’un “affreux petit morceau de bois” qui lui sert en voyage. Victor Hugo, lui, note simplement que le hasard a mis cet encrier sous sa main et qu’il le donne “volontiers pour une bonne œuvre”. La vente a lieu. Et personne n’achète le coffret.
Hugo finira par l’achèter lui-même
Le coffret étant fixé sur la table, celle-ci n’a plus d’utilité et ne trouve pas preneur. Victor Hugo décide de l’acheter et le place dans le salon bleu d’Hauteville House à Guernesey. Le coffret se trouve aujourd’hui dans le salon chinois du musée, posé sur sa table aux pieds en chimères. La note manuscrite de George Sand est toujours là, glissée à l’intérieur. Il y a quelque chose de très émouvant dans cette histoire — ces quatre plumes réunies dans un coffret que personne n’a voulu, et que Hugo a gardé pour lui comme un trésor.
À la une de la revue
Chez aricomagic, on aime les objets qui racontent une histoire — et on est rentrées de cette visite avec l’envie de relire Hugo. C’est peut-être la plus belle des preuves qu’un musée a bien fait son travail. Si vous passez par le Marais, ne manquez pas le 6 place des Vosges : on n’y entre jamais comme on en sort. Et si vous venez lire dans le salon rouge, notre Samoussin Hugo vous y attend.


