"La vie seule ne peut satisfaire l'imagination
C’est par ces mots qu’Anaïs Nin ouvre, selon la bande dessinée de Léonie Bischoff, l’horizon de son œuvre entière. Dès la première page, le ton est donné. On ne lira pas des faits. On lira une vie passée au filtre d’une imagination débordante. Mais alors, qu’est-ce qu’on lit exactement quand on ouvre un journal intime ? Une confession ou une construction ? La promesse d’une vérité ou l’invitation à une fiction très bien habillée ?
Le journal intime, un genre à la sincérité supposée
Quelque chose dans le mot « journal » nous rassure. On imagine un carnet caché, des mots griffonnés à la bougie, loin des regards. On pense sincérité brute, pudeur abandonnée, vérité sans filet. Pourtant, rien dans le genre n’oblige son auteur à dire la vérité. Le journal intime est une forme littéraire comme une autre — et son auteur reste libre d’y écrire ce qu’il veut.
Chez Aricomagic, on a imaginé le Samoussin Nin pour accompagner exactement ce type de lecture — celles qui vous font poser le livre un instant, regarder le plafond et réfléchir. Pour ce coussin de lecture, nous avons choisi un tissus bouclé blush aux accents seventies, une matière douce et légèrement texturée qui évoque quelque chose de sensuel et d’intemporel — en accord avec l’univers de l’écrivaine. C’est aussi un porte-livre qui tient sans broncher les pavés les plus ambitieux : Les Cités intérieures, 770 grammes sur la balance, en sait quelque chose.
Faut-il croire le journal intime d'Anaïs Nin ?
Rien dans le mot "journal" n'oblige son auteur à dire la vérité. Il reste libre d'y écrire ce qu'il veut…
L’histoire littéraire regorge de journaux dont la vérité a été mise en doute. Mais rares sont les exemples aussi saisissants que celui de la Marquise de Brinvilliers, en 1676.
Fugitive, rattrapée par l’affaire des poisons qui secoue la cour de Louis XIV, elle se réfugie dans un couvent de Liège, en Belgique. Là, elle rédige un document que les juges qualifieront de confession générale — un texte aux allures d’aveux circonstanciés.
C’est en grande partie sur la foi de ce document qu’elle sera condamnée. Problème : arrêtée, la Marquise ne cessera jamais de répéter que ce qu’elle avait écrit n’était pas des aveux véritables. Qu’elle avait tout inventé.
Le journal comme alibi ou comme piège — dans les deux sens du terme.
Le cas Anaïs Nin : deux journaux, lequel dit la vérité ?
Anaïs Nin a commencé son journal à onze ans, comme une longue lettre adressée au père qui venait d’abandonner sa famille lors de l’émigration vers les États-Unis. Elle ne s’en séparera plus jamais.
Mais Nin avait en réalité deux versions de ce journal : celui qu’elle lisait à son mari, Hugh Guiler, soigneusement expurgé, et le journal véritable qu’elle gardait pour elle seule.
Lorsqu’elle publie ses journaux de son vivant, c’est une version remaniée qu’elle livre au public.
Les journaux non expurgés ne paraîtront qu’après sa mort — révélant des pans entiers de sa vie qu’elle avait choisi de taire ou de recomposer.
Alors, lequel disait la vérité ?
Peut-être aucun des deux. Nin cultivait avec soin l’image qu’elle donnait d’elle-même. Elle l’écrit elle-même, sans détour : « Les mensonges sont ma liberté. » Nin n’était pas seulement une femme qui écrivait sa vie.
C’était une femme qui construisait une œuvre à partir de sa vie. Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Sa relation avec Henry Miller est attestée de part et d’autre — par leurs correspondances croisées, par leurs textes respectifs.
Mais pour le reste ? On n’était pas au lit avec eux. Et c’est peut-être là que réside le vrai sujet.
Lire Anaïs Nin aujourd'hui — et pourquoi ça vaut qu'on s'installe
La bande dessinée de Léonie Bischoff, parue chez Casterman en 2020, ne tranche pas la question — et son titre non plus, d’ailleurs. Elle se concentre sur les années parisiennes de Nin, de 1928 à 1934, quand l’écrivaine vivait à Louveciennes avec son mari et rencontrait Henry Miller. Bischoff choisit d’interpréter plutôt que de documenter : elle se projette dans la psyché de Nin, ouvre une porte que la biographie documentaire ne peut pas franchir — celle de l’imaginaire. Ce roman graphique offre un autre type de portrait, complémentaire à une biographie classique, qui donne envie de lire l’original.
Les Cités intérieures — une entrée dans l’œuvre à ne pas négliger
Pour ceux qui souhaitent aborder Nin par ses propres écrits, le volume Les Cités intérieures, rassemble des extraits de ses journaux. J’ai particulièrement apprécié la préface de Laure Adler — connue pour ses travaux sur les grandes femmes de lettres du XXe siècle — c’est un guide de lecture à elle seule. Elle pose les jalons, contextualise, et donne envie de plonger dans l’œuvre. Prévoyez de belles heures de lecture pour ce gros volume : le support de livre Samoussin Nin sera le compagnon parfait pour faire de cette immersion littéraire de poids, un moment de lecture confortable !
D’autres journaux à explorer — on en reparlera
Le journal intime est un genre aux mille visages :
- Virginia Woolf tient le sien comme un atelier de romancière — précis, introspectif, hanté par la question du style.
- Kafka note les siennes comme des fragments d’une œuvre impossible, entre angoisse et ironie sèche.
- Stendhal, lui, observe ses propres émotions avec la distance d’un entomologiste, presque sans s’y plonger.
Trois façons très différentes d’habiter la même forme. On aura l’occasion d’y revenir — car chaque journal mérite qu’on s’y arrête avec le soin qu’il réclame.
À la une de la revue
Lire Anaïs Nin, c’est accepter de ne pas tout savoir. De rester dans ce flou délicieux entre ce qui s’est passé et ce qui a été imaginé. Il y a des auteurs qui écrivent leur vie comme on fabrique un personnage.
Et peut-être que c’est ça, la vraie fertilité d’un livre — qu’il vous laisse des questions longtemps après qu’on l’a refermé.

